Antonio Zambujo

Chronique du concert au Théâtre des Abbesses les 21 et 22 novembre 2008

par Jacques Erwan

Debout côté jardin, adossé contre un mur, comme on attendrait au coin d’une rue ce que la vie peut nous amener dans son tourbillon, António Zambujo chante l’errance des sentiments. Sans amplification, sa voix s’élève dans un souffle, il exprime la fragilité mais sans faiblesse, il chante le fado mais en finesse. Pour son premier concert parisien il a choisit de commencer par le commencement. « Pra onde quer que me volte » la première chanson, de son premier véritable album, « Por me quante », celui sur lequel il a commencé à bâtir son style aux nuances de velours. Enfant de l’Alentejo, António s’est initié très jeune au « Cante Alentejano » chant polyphonique, d’accompagnement du travail, typique de cette région du sud ouest portugais. Plus tard il apprend la clarinette qu’il délaisse pour s’adonner pleinement au Fado. Il est remarqué par Mário Pacheco, virtuose de la guitare portugaise, ancien compagnon de route d’Amália Rodrigues, et propriétaire du Clube do fado, l’une des plus illustres maison de fado de Lisbonne. António s’y produit souvent jusqu’au moment où il rentre dans l’aventure d’Amália, cette comédie musicale retraçant la vie de la diva qui a, durant 6 années, écumé le moindre village du Portugal et quelques capitales européennes. A ce stade sa formation de fadiste est accomplie. Mais à cette religion monothéiste, où tout découle d’une seule déesse, il fait des écarts en s’adonnant à l’écoute intensive d’autres héros. Caetano Veloso, Chico Buarque ou João Gilberto trouvent une place dans son panthéon et leur approche musicale lui donne des arguments pour peaufiner sa voie. Il retient les leçons de retenue de la bossa nova et de ses descendants et nous en fait profiter.

Lorsqu’il rejoint le centre de la scène le micro et ses deux compagnons Paulo Costa à la cristalline guitare portugaise et Ricardo Cruz, son contrebassiste et arrangeur, il ne force pas davantage sa voix et garde son registre en demi-teinte, fin et émouvant. Il nous donne à découvrir de nouveaux auteurs (Aldina Duarte, Alberto Janes) ou revisite des classiques d’Amália (« Amor de mel, amor de fel » ) que l’on a l’impression d’entendre pour la première fois. Anciens ou nouveaux chaque vers est pesé et coloré de façon unique, revue au filtre d’une voix qui sait réveiller l’esprit des anges qui dorment à la lisière du silence et du bruit.

En octobre 2008, Caetano Veloso suggérait que si João Gilberto chantait du fado ça ressemblerait à ce que fait Zambujo.