

L’histoire de la danse est jalonnée de figures historiques qui lui ont apporté des ruptures rénovatrices. Parmi elles, au début du XXè siècle, "La Argentina" qui impose le flamenco sur les scènes des théâtres ou Isadora Duncan qui libère le corps et le mouvement annonçant la liberté de la danse moderne à venir.
Née à Djerba en Tunisie, Leila Haddad est de cette trempe. La belle tunisienne au port de reine a réussi son combat : imposer, enfin, la danse orientale comme un art majeur. Et depuis le début des années 1980 elle incarne la féminité sur toutes les scènes qui ignoraient ou méprisaient superbement cet art sous la dénomination de "danse du ventre". Elle a légitimé la terminologie de "danse orientale", en arabe "raqs el sharqi", la faisant sortir des villages arabo-berbères où elle restait méconnue et des cabarets où elle perdait son âme.
Leila Haddad s’obstine à danser uniquement sur les scènes des théâtres. Elle bouleverse les règles pour ouvrir à la danse orientale la "voie royale" et l’installer au théâtre.
Même la danse contemporaine a, depuis Isadora Duncan, acquis des structures, des formations, un public, a crée une chaîne. Leila Haddad, pour la danse orientale, lance le mouvement. Il faut commencer par la formation, faire naître des danseurs, ce qu’elle fait par ses cours, puis mettre en scène, chorégraphier, en fait changer le regard des autres, en parler, lors des conférences des colloques, en France et dans quelques pays d’Europe ou elle n’avait pas de réalité. C’est une approche globale et pionnière : le cours, la conférence, le théâtre.
Leila Haddad ouvre le premier cours de danse orientale de Paris au milieu des années 1980. Une gageure, à une époque où cette danse souffre d’une totale méconnaissance, voire d’un dédain certain par les bien-pensants ou par les hommes en mal d’exotisme de pacotille. Leila Haddad décide de se battre pour faire connaître la richesse millénaire de sa culture arabo-berbère et d’enseigner la danse orientale.
Les élèves Européennes qui ont un rapport au corps différent de celui des orientales y font la découverte d’un nouveau continent : leur propre corps. Dans la danse orientale, on accepte son corps tel qu’il est, jeune ou vieux, sans le faire souffrir, sans mouvement qui lui soit contraire. C’est un rapport d’auto-séduction plus que de séduction de l’autre qui apprend aussi la solidarité entre femmes.
Elles se parent de vêtements chamarrés qui loin de relever du kitsch ont un sens rituel et culturel important ; c’est ainsi que les couleurs ont une importance symbolique et spirituelle très forte.
Pour faire connaître sa culture et son art, Leila Haddad dans son approche globale, mène aussi des recherches historiques sur la danse, parcourt les pays arabes à la recherche de danses rares et participe à de nombreux colloques dans le monde entier.
Reconnue internationalement comme la grande étoile de la danse orientale, Leila Haddad se produit sur toutes les scènes, de Londres à Los Angeles, de Cologne à Oslo, de Carthage à Paris. Parallèlement, en vraie passeuse, elle enseigne la danse orientale.
En 1984, elle danse dans "Othello" mis en scène par Hans-Peter Cloos. Elle apparaît aussi sur les écrans dans "L"Homme voilé" de Maroon Baghdadi et dans "La Goutte d’or", un film de Marcel Blüwal où elle interprète le rôle de la danseuse Zobeida.
En 1988, elle est la première danseuse orientale à se produire au salon de la Danse à Paris. Le festival de Lille lui commande une création sur le thème de Salomé, "la Danse des Sept Voiles", dont la musique et les arrangements seront réalisés par Julien Jâlal Eddine Weiss et l’ensemble Al-Kindî.
En 1989, autre première à l’auditorium de l’Institut du Monde Arabe à Paris : en présence d’un vaste public, Leila Haddad donne une conférence triomphale sur l’historique de la danse orientale.
En 1992, dans le cadre de la rencontre Danses Contemporaines et Orientales, le Théâtre contemporain de la Danse en collaboration avec l’Institut du Monde Arabe lui commande deux pièces, "Rouh" et "A la Recherche de Tanit".
En 1993, au Tempodrum de Berlin et à l’Austria Theater de Vienne, "Sur les traces des Ghawazees" (1ère version) avec les Musiciens du Nil.
En 1994, création de "Aquarelles" pour le Théâtre du Rond Point à Paris.
En 1995, à la demande de l’Institut du Monde Arabe elle chorégraphie "L’Orient d’une Danseuse - Rêveries sur le Nil" dans le cadre de la saison sur l’Egypte. Les représentations se donnent à guichets fermés.
En 1996, création de "Nomades" au Café de la Danse à Paris dans le cadre des Estivales.
En 1997, festival Culturegest à Lisbonne.
En 1998, festival de Danse Orientale à San Francisco
En 2000, elle crée "Zikrayat" au Théâtre Mogador, en hommage à Oum Kalsoum.
En 2003, "Zikrayat" en nouvelle création est donné à Paris au théâtre du Trianon
En 2006, Leila Haddad crée le spectacle « Sur les traces des Ghawazee » au théâtre du Trianon avec les musiciens tziganes de Haute Egypte.
Depuis, Leila Haddad parcours les festivals et tournées autour du monde avec ces 2 spectacles : Suède, Slovénie, Macédoine, France, Tunisie, Etats Unis, Asie …
Parallèlement Leila Haddad est appelée dans de nombreux pays pour enseigner la danse orientale et former des professeurs.