

Sur bien des plans, l’aventure de Niyaz est allée très vite, très loin. Dès sa formation en 2005, le groupe réussit un mélange très convaincant entre la mystique soufie et la transe électronique, et s’établit comme un incontournable dans un monde musical déjà bien encombré. Dans Nine Heavens, leur deuxième album, ils ne croisent pas seulement les liens culturels et stylistiques, mais aussi les siècles. En s’appuyant sur la poésie médiévale persane et sur d’anciennes chansons populaires iraniennes de plus de 300 ans, Niyaz crée une tradition de transe globale du 21e siècle.
Dans le choix des répertoires, Niyaz cherche à établir les connections culturelles et musicales entre la Turquie et l’Iran. Nine Heavens commence avec l’irrésistible « Beni Beni » qui associe un poème soufi du 18e siècle à une chanson turque traditionnelle et des effets électroniques brillamment intégrés. « C’est une forme moderne de musique soufie » explique Azam. « Loga et moi sommes influencés par la musique turque, et il y a beaucoup de connections en la Turquie et l’Iran ». Mais plus encore les connections entre l’Inde et l’Iran, le mot Niyaz lui-même signifie « désir ardent » en langue farsi mais aussi en urdu, langue couramment parlée dans le Nord de l’Inde et au Pakistan. Née en Iran, élevée en Inde, Azam Ali appartient à cette histoire. Deux morceaux de Nine Heavens sont de Amir Khosrau Dehlavi, un poète mystique persan du 13e siècle qui grandit lui aussi en Inde. « Amir Khosrau fonda le style de musique soufie connu sous le nom de Qawwali, rendu mondialement célèbre grâce au grand chanteur pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, certains prétendent également qu’il inventa aussi le tabla indien (percussion). Mais ses poèmes, dont Molk-e-Divan et Sadrang sont dans la grande tradition des mystiques persans comme Rumi. “’Molk-e-Divan’ est la première chanson que nous avons écrite pour cet album » dit Azam. « Loga et moi avons trouvé le poème et écrit la musique ensemble. Il écrivit la mélodie principale et moi la ligne vocale. » Puis le tout fut envoyé à Carmen pour qu’il y distille sa magie, qui dans ce cas consiste en des nappes de rythmes samplés sur ordinateur et de riches combinaisons de luths du proche orient et d’électronique. »
Les deux textes de Amir Khosrau peuvent être lu également comme des poèmes d’amour ou des chants dévotionnels pour Dieu. Bien sur, le public occidental sera plus réactif aux pulsations rythmiques. Aucun problème pour Niyaz. Azam Ali souligne que le caractère sacré des textes en font un étonnamment bon support pour la « dance music » occidentale. « L’objectif commun est de se placer dans un état second. Même avec la musique de « club », je pense que c’est ce que les gens recherchent. Le seul problème est que cela est vide de sens, dénué de l’esprit de la musique de transe acoustique. Nous avons toujours pensé qu’il y avait un moyen de réunir les deux, de transgresser la ligne qui sépare la musique acoustique et électronique. » Un bon exemple est « Tamana » un poème Urdu du 18e siècle qui s’ouvre sur une lente introduction, comme la partie lente (alap) d’un concert raga. Les « drones » électroniques amènent vers les sons métalliques du cumbus turc, un type de luth, puis comme dans un concert raga, l’énergie se construit avec l’addition des percussions, dans le cas présent, le tabla et les rythmes programmés.
« Nous avons travaillé si longtemps maintenant que ce type de fusion arrive à un niveau intuitif » ajoute Loga. « Les pulsations rythmiques du tabla se mélangent naturellement avec le groove de la danse – cela tombe sous le sens. »
Alors, qu’en est il de ce disque « acoustique ». « Ce n’était pas intentionnel », se souvient Azam. « Comme nous étions ensemble, nous sentions que nous détenions un véritable bijou avec ces sessions acoustiques. Après que nous ayons fini de mixer les deux versions, nous avons senti qu’il serait dommage que le public ne puisse pas les écouter. » Le résultat est une opportunité rare d’aller plus loin dans la musique, la version acoustique reflète les talents d’auteurs et les penchants mystiques qu’amènent Azam et Loga ; alors que la version finale présente la façon « organique » dont les effets électroniques de Carmen pénètrent dans les rythmes et l’esprit de ce travail très enraciné.
A une époque où la plupart des américains ont une vision déformée de l’Iran et de la culture iranienne, Niyaz a participé à des workshops pour faire découvrir les apports de la culture iranienne à la culture occidentale. « Notre identité iranienne est importante » dit Loga. « Sur le premier album de Niyaz, nous essayions juste de trouver notre place. Maintenant avec ce second album, les apports iraniens sont utilisés avec plus d’assurance. » Par exemple « Ferghi » utilise un rythme persan à 5 temps, que beaucoup d’occidentaux trouveraient difficiles à danser, mais le mélange entre rythmes traditionnels et électro est si convaincant que la plupart voudront essayer. Danse ou transe. La musique que Niyaz fait sur Nine Heavens peut servir aux deux. « La fonction de la musique dans la société a changé » souligne Loga. « c’est très différent d’il y a une ou deux décennies ; maintenant les gens écoutent sur leur Ipods ou dans leur voiture ; la musique n’est plus leur intérêt principal. Il n’y a plus vraiment d’écoute attentive de la musique. Donc l’objectif est que la musique s’impose d’elle-même en toute situation. »